En 2023, un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) a perdu en moyenne 11,4 % de son temps de travail théorique en absences. Son taux de rotation a atteint 25,6 %, soit un quart du personnel renouvelé dans l'année1. Ces deux taux ne diagnostiquent pas les risques psychosociaux (RPS) en EHPAD. Ils disent où chercher11.
Encore faut-il le bon étalon. Un taux d'absence à deux chiffres alarme un directeur venu de l'industrie. Dans le médico-social, c'est l'ordre de grandeur courant : 11,5 % sur l'ensemble des établissements et services médico-sociaux en 20231. Sans repère sectoriel, l'usure se juge au ressenti du cadre de proximité ou du dernier comité social et économique (CSE). Et les renforts partent là où la pression sociale est la plus forte.
Depuis le 10 août 2026, ces chiffres sortent du dossier interne. Les EHPAD transmettent chaque année leur taux d'absentéisme et leur taux de rotation à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Ils suivent pour cela le calendrier fixé par la CNSA, sans dépasser le dernier jour ouvré de décembre. La CNSA publie ensuite ces indicateurs sur un site internet consacré à l'information des usagers2.
À retenir
- Ce qui est obligatoire : évaluer les risques en tenant compte de l'organisation du travail, inventorier les risques dans chaque unité de travail, et mettre le document unique à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés.
- Ce qui est recommandé : situer vos taux d'absence, de vacance et de rotation face aux repères nationaux 2023 du secteur avant de conclure à une situation dégradée.
- Par où commencer : extraire ces taux par unité de travail et sur trois exercices, jamais à la seule maille de l'établissement.
- Où Diagnoz intervient : campagne d'évaluation menée établissement par établissement, avec consolidation des résultats pour un groupe ou une association gestionnaire.
Usure en ESSMS : ce que le droit oblige à évaluer
Les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS, notés ESMS dans les publications de la CNSA) relèvent du droit commun de la santé au travail. L'employeur y prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs3. La formule ne dit rien du grand âge. Son contenu concret en gériatrie, lui, tient à des situations que peu d'autres secteurs connaissent.
Le code du travail impose d'évaluer les risques en tenant compte notamment de l'organisation du travail et de la définition des postes de travail4. L'employeur transcrit ensuite les résultats de cette évaluation dans un document unique. Celle-ci comporte un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement5. Deux termes portent tout le poids : organisation, et unité de travail.
L'usure ne se distribue pas uniformément dans un EHPAD. L'INRS décrit une charge émotionnelle conséquente auprès de résidents aux troubles cognitifs majeurs, avec agressivité et violences verbales ou physiques. Il décrit aussi la frustration des soignants, quand les soins d'hygiène prennent le pas sur le travail relationnel6. Ces facteurs sont ceux des métiers du soin. Ils décrivent l'accompagnement direct des résidents. Rien ne garantit que la cuisine ou la lingerie du même établissement connaisse une exposition comparable. C'est justement ce que l'évaluation par unité doit établir.
On conçoit très bien qu'un directeur veuille un diagnostic unique pour tout l'établissement. C'est plus rapide à commander, et plus simple à présenter au conseil d'administration. Pourtant un document unique « personnel soignant » couvrant une soixantaine d'équivalents temps plein (ETP) ne produit aucune action ciblable. Découpez au niveau où le travail se fait. Une équipe de jour d'étage et une équipe de nuit n'exercent pas le même métier. L'unité protégée non plus. La cuisine et la lingerie forment une autre maille. Les critères réunis dans le guide du découpage en unités de travail s'appliquent ici sans adaptation.
La batterie d'indicateurs ESSMS et ses repères 2023
Quatre taux permettent de repérer les unités où l'usure est la plus probable. La CNSA en a établi les repères 2023 par catégorie de structure, en exploitant les données du tableau de bord de la performance médico-sociale (TDBMS)1. L'INRS situe ce travail sur indicateurs en amont de l'évaluation des RPS elle-même. Il y voit le moyen de prioriser l'action de prévention vers certaines unités de travail11. La dernière colonne du tableau ci-dessous n'est donc pas un verdict. C'est la piste que l'écart invite à instruire.
| Indicateur | EHPAD 2023 | Tous ESMS 2023 | Piste à instruire quand l'écart est fort |
|---|---|---|---|
| Taux d'absentéisme, tous motifs, base 365 jours | 11,4 % | 11,5 % | Report de charge sur les présents |
| dont maladie ordinaire (6 jours ou moins) | 2,3 % | 1,9 % | Arrêts courts, éventuellement répétés |
| dont maladie de moyenne durée (7 jours à 6 mois) | 2,9 % | 3,3 % | Absences longues installées |
| dont accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) | 2,1 % | 1,9 % | Usure physique, manutention de personnes |
| Part des AT-MP dans les jours d'absence | plus de 18 % | 16 % | Poids du risque professionnel déclaré |
| Taux de vacance de poste | 4,1 % | 4,5 % | Tension de recrutement, trous de planning |
| Taux de rotation (mouvements des titulaires et des salariés en contrat à durée indéterminée, CDI) | 25,6 % | 24,4 % | Fidélisation, perte de métier collectif |
| Taux de présence sur l'année | 85,0 % | 84,5 % | Synthèse de l'absence et de la vacance |
Ces valeurs se lisent dans la durée. Entre 2017 et 2023, l'absentéisme des EHPAD est passé de 11,3 % à 11,4 %, après un pic à 12,7 % en 2020. Il est revenu à son niveau d'avant-Covid, porté par le reflux des arrêts maladie de moyenne durée, ceux de sept jours à six mois. Le taux de rotation, lui, n'est jamais redescendu : 19,9 % en 2018, 25,6 % en 2023. Les EHPAD sont même le seul type de structure où il progresse encore en 2023, alors qu'il reflue partout ailleurs1. Les professionnels reviennent au travail. Ils ne restent pas.
Le niveau varie fortement selon la catégorie de structure. En 2023, l'absentéisme atteint 13,3 % dans les services multi-clientèle, qui réunissent les soins infirmiers à domicile et les services autonomie aide et soins. Il monte à 14,7 % dans les maisons d'accueil spécialisées (MAS). Il tombe à 8,7 % dans les établissements ou services d'aide par le travail (ESAT)1. Un gestionnaire multi-agréments ne peut donc pas retenir un seuil d'alerte unique sur tout son périmètre. Un EHPAD, un ESAT et un service de soins à domicile ne se jugent pas au même étalon.
Le statut juridique déplace lui aussi l'étalon. En 2023, l'absentéisme s'établit à 10,7 % dans les EHPAD publics, 11,3 % dans les EHPAD privés lucratifs et 12,8 % dans les privés non lucratifs1. Comparer un EHPAD public à la moyenne tous statuts confondus revient à se donner sept dixièmes de point de marge qui n'existent pas. Un EHPAD territorial ou hospitalier se compare donc à ses pairs publics, et sa démarche suit les règles applicables aux employeurs publics et hospitaliers.
La sinistralité complète le portrait. L'Assurance Maladie - Risques professionnels a chiffré le secteur de l'aide et des soins à la personne, et y relève une progression constante de la sinistralité entre 2010 et 2017. Sur la dernière de ces années, le secteur employait 11 % des salariés français. Il concentrait plus de 16 % des accidents du travail7. En EHPAD, les troubles musculosquelettiques représentent plus de 90 % des maladies professionnelles reconnues8. L'usure physique et l'usure psychique avancent ensemble, et la manutention de personnes les relie.
Deux autres indicateurs, proposés ici, méritent un suivi mensuel. Le premier est le délai moyen de remplacement d'une absence imprévue. Le second est la part des plannings modifiés à très court terme, par exemple à moins de 48 heures. Les Repères statistiques de la CNSA cités ici n'en donnent aucun étalon national. Tous deux se calculent pourtant depuis le logiciel de planning, sans enquête ni intervenant extérieur.
Le protocole de diagnostic, établissement par établissement
Le diagnostic tient en cinq étapes. Comptez six à huit semaines dans un établissement de taille moyenne. Ce calendrier est indicatif. Les quatre premières se mènent avec les données déjà détenues par la direction des ressources humaines, sans recueil auprès des équipes.
- Extrayez du système d'information des ressources humaines, par unité de travail et sur trois exercices : jours d'absence par motif, ETP réels, ETP vacants, entrées et sorties de titulaires ou de salariés en CDI.
- Calculez les taux avec les définitions de la CNSA, sans quoi la comparaison aux repères nationaux perd son sens. L'absence se rapporte aux ETP réels au 31 décembre multipliés par 365. La vacance se rapporte à la somme des ETP réels et vacants à la même date. La rotation est la moyenne du taux d'entrée et du taux de sortie1.
- Classez les unités par écart au repère national plutôt que par valeur absolue. Ce rapprochement reste exploratoire : les repères de la CNSA valent par catégorie de structure, pas par unité de travail. Recoupez-le donc avec l'évolution de chaque unité sur les trois exercices, et avec la comparaison entre unités de nature comparable.
- Confrontez chaque unité déviante aux facteurs décrits par l'INRS pour le secteur : charge émotionnelle et agressivité des résidents, glissement du travail relationnel vers les soins d'hygiène6.
- Passez au recueil auprès des professionnels, en commençant par les unités ainsi identifiées.
L'ordre compte, la couverture aussi. Ces taux hiérarchisent le calendrier. Ils ne dispensent aucune unité d'évaluation. Une unité dans la moyenne peut abriter une exposition que le chiffre ne voit pas. Annoncez au CSE dès le départ que les unités les plus exposées passeront en premier, sans quoi la restitution sera lue comme un classement. L'INRS ne range pas ces indicateurs dans le document unique : ils préparent l'évaluation des RPS, ils ne la remplacent pas11. Le calcul du taux d'absentéisme et de ses seuils d'alerte, puis celui du coût réel d'un départ, sont détaillés dans deux articles dédiés.
Le cas classique, à titre d'illustration : un EHPAD associatif de 84 lits, 61 ETP, dans une ville moyenne. Absentéisme global de 12,1 %, sept dixièmes de point au-dessus du repère EHPAD toutes catégories. Rapporté aux EHPAD privés non lucratifs, il passe même sous l'étalon. Vu du siège, rien d'alarmant. Le découpage par unité renverse la lecture : 17,4 % sur l'unité protégée de 14 places, 6,8 % en cuisine et lingerie. Sur cette même unité, cinq sorties en deux ans pour sept postes. Les absences y sont surtout des arrêts courts et répétés, et les accidents du travail déclarés se concentrent sur les levers du matin. La direction n'a pas commandé de baromètre. Elle a doublé le poste d'aide-soignant du matin sur l'unité protégée. Puis elle a rouvert la question du ratio d'encadrement auprès de l'agence régionale de santé, chiffres opposables à l'appui.
Quatre pièges de lecture à éviter
Un taux mal construit oriente mal une décision de recrutement. Quatre erreurs reviennent.
La première tient à la base de calcul. Le taux d'absentéisme de la CNSA est calendaire, établi sur 365 jours théoriques, et il exclut les congés payés comme la formation1. Un taux maison calculé sur les seuls jours ouvrés du planning ne repose ni sur la même base de temps ni sur les mêmes motifs. Il ne se compare pas au repère national. Deux établissements d'un même groupe peuvent afficher des taux éloignés pour la seule raison que leurs logiciels de paie ne retiennent pas la même formule, par exemple. Lisez la définition avant de rapprocher deux chiffres.
La deuxième porte sur la rotation. Seuls les recrutements et les départs de titulaires ou de salariés en CDI entrent au numérateur1. Un établissement qui comble ses trous par l'intérim affichera donc une rotation flatteuse. Les contrats courts produisent le même effet. Le tableau de bord ne voit d'ailleurs pas l'intérim, un manque que la CNSA signale elle-même dans sa publication1. Selon une étude de la Dares reprise par la CNSA, le remplacement justifie plus de 85 % des signatures de contrat à durée déterminée. Le champ couvre la santé, le médico-social et l'action sociale1. Lisez alors son taux de vacance et son niveau d'absence avant de conclure à la stabilité.
La troisième concerne la vacance de poste. Le guide des indicateurs du tableau de bord médico-social retient une vacance moyenne sur l'exercice, rapportée aux ETP retenus au budget de l'année précédente. Un poste y est réputé vacant lorsque l'absence dépasse six mois et qu'il reste non pourvu. La même règle vaut pour un poste pourvu par une prestation externe, libérale ou conventionnelle12. La CNSA procède autrement. Elle rapporte les ETP vacants au 31 décembre à la somme des ETP réels et vacants à cette même date1. Les deux formules ne se confondent pas. Pour vous situer face aux repères 2023, gardez celle de la CNSA. Un établissement qui retire du budget un poste devenu impossible à pourvoir le fait sortir du calcul de l'ATIH. La charge de travail réellement supportée par l'équipe, elle, n'a pas diminué pour autant.
La quatrième est une affaire de taille. Sur une unité de sept agents, un arrêt long fait bondir le taux de plusieurs points sans rien dire de l'organisation. Faut-il pour autant renoncer à la maille fine ? Non : on lit la série sur trois ans, et on regarde le motif d'absence autant que le niveau.
Du diagnostic au DUERP et au plan d'action
Le code du travail impose de transcrire les résultats de l'évaluation dans un document unique5. Ce document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) se met à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés9.
Deux autres déclencheurs existent. Toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail impose une mise à jour. Il en va de même lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur9.
Doubler durablement un poste d'aide-soignant le matin change la répartition des tâches. Le déroulé des levers change avec elle. Une telle décision s'analyse comme un aménagement important modifiant les conditions de travail, au sens du premier de ces deux déclencheurs9. La mise à jour n'attend alors pas la revue annuelle. Une trace datée de cette mise à jour, avec la décision qui l'a déclenchée, vaut mieux qu'un document unique refait intégralement en décembre.
La suite dépend de l'effectif. À partir de cinquante salariés, les mesures issues de l'évaluation prennent la forme d'un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail. En dessous de cinquante salariés, elles sont consignées dans le document unique sous forme d'actions de prévention et de protection10. Le CSE contribue à l'évaluation des risques4. Associez-le au découpage en unités avant le lancement de la campagne, et non à la seule restitution des résultats.
Pour un groupe ou une association gestionnaire, la difficulté se déplace. Douze établissements produisent douze diagnostics incomparables, par exemple. Un outil comme Diagnoz administre la campagne établissement par établissement et consolide les réponses sur un référentiel commun. Les unités de même nature se comparent alors d'un établissement à l'autre, au lieu de douze rapports juxtaposés que personne ne rapproche. Le détail de la consolidation multi-établissements est décrit côté produit.
Vos taux d'absentéisme et de rotation ont désormais vocation à être publiés par la CNSA2. Autant les avoir expliqués avant qu'ils ne soient commentés.
Un indicateur d'usure ne devient une décision qu'à la maille où quelqu'un signe un planning.
Ouvrez le tableau des effectifs de votre plus grosse unité de travail, et sortez ses jours d'absence par motif sur les trois derniers exercices. Le reste du diagnostic découle presque entièrement de ce seul fichier.
FAQ
Quel taux d'absentéisme est normal en EHPAD ?
En 2023, le taux d'absentéisme moyen des EHPAD s'établit à 11,4 %, tous motifs confondus, sur une base de 365 jours1. Un établissement à 9 % se situe sous ce repère. Un établissement à 15 % le dépasse nettement. Le repère ne vaut qu'à calcul identique. Même base de 365 jours, mêmes motifs d'absence.
Comment calculer le taux de rotation d'un EHPAD ?
Le taux de rotation est la moyenne du taux d'entrée et du taux de sortie de l'année. Seuls les recrutements et les départs de titulaires ou de salariés en CDI sont comptés. Le dénominateur, lui, est l'effectif réel au 31 décembre de l'année précédente, quel que soit le statut des personnes1. Le repère EHPAD 2023 s'établit à 25,6 %.
Un questionnaire RPS est-il obligatoire en EHPAD ?
Non. Le code du travail impose d'évaluer les risques professionnels4, puis d'en transcrire les résultats dans le document unique5. Aucun de ces deux textes ne prescrit d'outil de recueil. Mieux vaut cependant un instrument validé : sa méthode de mesure est explicite, et le CSE comme le médecin du travail peuvent en discuter les résultats. Choisissez-le avant le lancement de la campagne. Le comparatif des questionnaires RPS validés détaille ce choix.
Sources
- Absentéisme, vacance et rotation dans les établissements et services médico-sociaux, Repères statistiques n° 24, CNSA, avril 2025 ↩
- Article D312-211 du code de l'action sociale et des familles, Légifrance, version en vigueur depuis le 10 août 2026 ↩
- Article L4121-1 du code du travail, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er octobre 2017 ↩
- Article L4121-3 du code du travail, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article R4121-1 du code du travail, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er avril 2011 ↩
- EHPAD, dossier Aide à la personne, INRS ↩
- Risques professionnels dans le secteur de l'aide et des soins à la personne : chiffres clés, Assurance Maladie, ameli.fr ↩
- EHPAD : un nouvel outil pour évaluer les risques professionnels, INRS, 2024 ↩
- Article R4121-2 du code du travail, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article L4121-3-1 du code du travail, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Risques psychosociaux : questions-réponses, rubrique indicateurs, INRS ↩
- Guide des indicateurs du tableau de bord de la performance dans le secteur médico-social, campagne 2025, indicateur IRe1.1, ATIH, avril 2025 ↩