Près de 29 000 accidents du travail ont été identifiés en 2024 comme liés aux risques psychosociaux (RPS), soit 14 % de plus qu'en 2023.1 L'obligation de sécurité employeur couvre la santé mentale autant que la santé physique.2 Le code du travail l'écrit noir sur blanc.
Depuis un arrêt de 2015, l'employeur qui justifie avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L4121-1 et L4121-2 ne méconnaît pas cette obligation.3 Tout se joue donc sur la preuve. Mieux vaut l'avoir constituée avant le litige.
À retenir
- Ce qui est obligatoire : protéger la santé physique et mentale, évaluer les risques, transcrire cette évaluation dans le document unique et le mettre à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés.
- Ce qui est recommandé : constituer au fil de l'eau un dossier daté, avec l'évaluation, le plan d'action nominatif et la suite donnée aux signalements reçus.
- Par où commencer : ouvrir le document unique et regarder la date de dernière modification du volet RPS.
- Où Diagnoz intervient : l'outil horodate chaque campagne d'évaluation et conserve les versions successives du volet RPS.
Ce que le code du travail met à la charge de l'employeur
Le code du travail impose de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».2 La santé mentale figure dans le texte. Elle n'est pas une extension jurisprudentielle.
Le même article les énumère : actions de prévention des risques professionnels, actions d'information et de formation, mise en place d'une organisation et de moyens adaptés.2 S'y ajoutent neuf principes généraux de prévention. Le septième demande de planifier la prévention en y intégrant notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel.4
Vient ensuite l'évaluation. L'employeur évalue les risques compte tenu de la nature des activités de l'établissement. Le comité social et économique (CSE) est consulté sur le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) et sur ses mises à jour.5 L'employeur transcrit et met à jour dans ce document les résultats de son évaluation.7
La mise à jour du document unique est réalisée au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés. Elle l'est aussi « lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail ». Elle l'est encore « lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur ».6
Cette troisième condition mérite une lecture attentive. Tout courriel reçu ne déclenche pas une mise à jour. Le déclencheur est l'information qui change ce que vous savez d'un risque. Un signalement de surcharge répétée sur une équipe entre dans cette catégorie. Une réclamation isolée sur un planning ponctuel, pas nécessairement.
Le manquement est sanctionné pénalement. Ne pas transcrire ou ne pas mettre à jour les résultats de l'évaluation est puni de l'amende prévue pour les contraventions de cinquième classe.8 Pour une personne physique, elle s'élève à 1 500 euros au plus, montant porté à 3 000 euros en cas de récidive.9 Le montant change pour une société. Le maximum applicable à une personne morale est le quintuple de celui prévu pour les personnes physiques, soit 7 500 euros.18 En cas de récidive, il est porté à dix fois ce taux, soit 15 000 euros.19 Le risque civil s'y ajoute. Un salarié peut demander des dommages-intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité.3
Obligation de moyens renforcée : ce que 2015 a changé
Ne méconnaît pas son obligation légale l'employeur qui justifie avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L4121-1 et L4121-2 du code du travail. Cette formule est celle de la chambre sociale de la Cour de cassation, le 25 novembre 2015, dans une affaire Air France. Un chef de cabine y demandait des dommages-intérêts après une crise de panique survenue en 2006, qu'il rattachait aux attentats du 11 septembre 2001. Sa demande a été rejetée : l'employeur avait fait accueillir l'équipage, au retour de New York, par le personnel médical mobilisé jour et nuit.3
On lit partout que cet arrêt aurait transformé l'obligation de résultat en « obligation de moyens renforcée ». La formule est commode ; elle n'est pas dans la décision. La Cour y parle encore d'obligation de sécurité de résultat.3 La qualification vient de la doctrine. Ce qui a changé se dit plus simplement : une cause d'exonération existe, et elle repose sur ce que l'employeur peut établir.
La chambre sociale a précisé cette mécanique le 1er juin 2016. Sur le harcèlement moral, l'exonération suppose deux conditions cumulatives. L'employeur doit avoir pris toutes les mesures de prévention prévues par les articles L4121-1 et L4121-2. Il doit aussi, une fois informé de faits susceptibles de constituer un harcèlement moral, avoir pris les mesures immédiates propres à le faire cesser.10
Le code du travail lui impose par ailleurs de prendre toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement moral.11 La prévention et la réaction sont donc deux exigences distinctes.
Cinq décisions qui disent ce que les juges attendent
Les cinq arrêts ci-dessous sont publiés au bulletin et balisent le terrain, de la prévention en amont jusqu'à la faute inexcusable. La dernière colonne n'énonce aucune exigence légale. Elle indique les pièces qui, en pratique, permettent de démontrer ce que la décision valorise.
| Décision | Ce qu'elle juge | Ce que le dossier gagne à contenir |
|---|---|---|
| Cass. soc., 5 mars 2008, n° 06-45.88812 | Le juge annule une note de service et suspend la réorganisation qu'elle annonçait, dont les contraintes aggravées sont de nature à compromettre la santé et la sécurité des salariés. | Une analyse des effets de la réorganisation sur les conditions de travail, produite avant la décision, et l'avis de l'instance consultée. |
| Cass. soc., 10 novembre 2009, n° 07-45.32113 | Les méthodes de gestion d'un supérieur hiérarchique peuvent caractériser un harcèlement moral, quand bien même l'employeur aurait pu prendre des dispositions pour le faire cesser. | Des traces portant sur le management lui-même : formation des encadrants et suites données aux alertes qui les visent. |
| Cass. soc., 25 novembre 2015, n° 14-24.4443 | L'employeur qui justifie avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L4121-1 et L4121-2 ne méconnaît pas son obligation. | La preuve des mesures réellement prises face à l'événement, plutôt que la description d'un dispositif théorique. |
| Cass. soc., 1er juin 2016, n° 14-19.70210 | En harcèlement moral, l'exonération suppose une prévention effective, puis des mesures immédiates dès l'information des faits. | La date de réception du signalement et la date de la première mesure prise. |
| Cass. 2e civ., 8 juillet 2021, n° 19-25.55014 | Le salarié victime d'un accident du travail qui avait transmis à son employeur les menaces reçues lui avait signalé le risque : la faute inexcusable est de droit. | Une trace des signalements reçus, y compris informels, et de la suite donnée à chacun. |
Celle de 2008 pose le cadre le plus exigeant. Le litige portait sur l'organisation du travail elle-même. Un syndicat avait saisi le juge. La Cour a validé la suspension d'une réorganisation dans un centre énergie classé Seveso. Une note de service de février 2005 l'annonçait. Son application était fixée au 14 mars suivant. Le comité d'hygiène et de sécurité avait rendu un avis négatif après expertise.12 Préparez donc une réorganisation avec une analyse de ses effets sur les conditions de travail, produite avant la décision.
Deux autres décisions surprennent. Celle de 2009 d'abord. L'employeur avait répondu par courrier aux deux plaintes du salarié, en 2003 puis en 2004. La Cour a tout de même retenu le harcèlement moral : les agissements répétés étaient établis et la santé du salarié altérée.13 Répondre à une plainte ne corrige pas les méthodes de management qui l'ont provoquée.
Celle de 2021 ensuite. Un salarié d'une société de sécurité privée avait transmis à son employeur une lettre anonyme de menaces, en suggérant lui-même de n'en rien dire. Il a été agressé quatre jours plus tard sur son lieu de travail. La cour d'appel lui a refusé le bénéfice de la faute inexcusable de droit. Pour elle, cette transmission ne valait pas alerte. La Cour de cassation a censuré : la victime avait signalé le risque qui s'est matérialisé.14
Le dossier de preuve de diligence, pièce par pièce
Un dossier de diligence ne se constitue pas la veille de l'audience. Il se remplit en continu, chaque pièce portant sa date. La grille ci-dessous est une recommandation de travail, non une liste imposée par un texte. Elle réunit les pièces qui datent ce qui a été décidé, le moment où chacune se crée et celui qui la produit.
| Pièce | Quand elle se crée | Par qui | Ce qu'elle montre |
|---|---|---|---|
| Volet RPS du document unique, avec la méthode d'évaluation retenue | Au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés, lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail, et lorsqu'une information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque parvient à l'employeur | Employeur, avec le service de prévention et de santé au travail | Que le risque a été identifié, et à quelle date |
| Résultats du diagnostic RPS : taux de participation, scores par unité de travail | À chaque campagne | Employeur ou prestataire | Que l'évaluation repose sur des données, pas sur une impression |
| Plan d'action : mesure, responsable nommé, échéance, coût estimé | À la suite de chaque évaluation | Employeur | Que l'évaluation a débouché sur des décisions |
| Trace de la consultation du CSE sur le document unique et ses mises à jour, lorsqu'un comité existe | À chaque mise à jour | Employeur et CSE | Que l'instance a été associée, à une date vérifiable |
| Suivi des signalements reçus, avec la suite donnée à chacun | En continu | Direction des ressources humaines et ligne managériale | Qu'aucune alerte n'est restée sans réponse |
| Compte rendu d'enquête interne et mesures prises, lorsque les faits en appellent une | Dès la connaissance des faits | Employeur ou commission d'enquête | Que des mesures ont suivi l'information |
| Convocations et attestations de formation des encadrants | À chaque session | Direction des ressources humaines | Que la prévention a touché le management |
| Échanges avec le médecin du travail et alertes reçues de sa part | À réception | Direction des ressources humaines | Que les signaux médicaux ont été traités |
| Analyse des effets d'une réorganisation sur les conditions de travail | Avant la décision | Employeur | Que le risque a été examiné avant la mise en œuvre |
| Versions successives du document unique, conservées et horodatées | En continu | Employeur | Que l'historique des mesures est reconstituable |
Le plan d'action a lui aussi un fondement légal. Les résultats de l'évaluation débouchent sur un programme annuel de prévention dans les entreprises d'au moins cinquante salariés. En dessous de ce seuil, ils débouchent sur des actions de prévention dont la liste est consignée dans le document unique et ses mises à jour.7
Le reste de la grille se remplit par étapes, à une exception près. Le suivi des signalements commence tout de suite, avec les alertes déjà reçues. Dans une entreprise de moins de cinquante salariés, prenez ensuite les quatre premières lignes.
La dernière ligne relève d'une obligation à part entière. Le document unique est conservé par l'employeur dans ses versions successives, et tenu à la disposition des travailleurs comme des anciens travailleurs. La loi fixe à cette conservation un plancher de quarante ans, les modalités relevant d'un décret en Conseil d'État.7 Écraser le fichier à chaque mise à jour efface donc les états antérieurs.
Horodater chaque campagne et chaque version du volet RPS demande un minimum d'outillage. Les modalités de conservation et d'horodatage figurent sur la page sécurité de la plateforme.
Faute inexcusable : le signalement déplace le risque
La faute inexcusable ouvre à la victime une indemnisation complémentaire.16 Elle est de droit pour le travailleur victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle qui avait signalé à l'employeur le risque qui s'est matérialisé. Ce signalement peut aussi venir d'un représentant du personnel au CSE.15 Le mot du texte est « signalé ». Aucun formalisme d'alerte n'est exigé, comme l'a rappelé la Cour de cassation.14
Les affections psychiques reconnues en maladie professionnelle sont passées de 840 en 2020 à 1 805 en 2024.17 Les volumes restent faibles. La pente, elle, est nette.
Typiquement, une PME de 95 salariés en logistique, deux plateformes, un encadrement de quai renouvelé en un an. Trois caristes écrivent au responsable de site pour signaler des objectifs devenus intenables depuis un changement de cadence. Le responsable répond oralement et rien n'est consigné. Quatre mois plus tard, un arrêt long est reconnu en maladie professionnelle psychique. L'employeur produit alors son document unique, mis à jour à la date anniversaire, mais dont le volet RPS n'a pas bougé après les courriels. Aucune pièce ne montre ce qui a été décidé, alors que le courriel des caristes, lui, est daté.
Concrètement, examinez chaque écrit qui signale une surcharge. Décidez s'il apporte une information intéressant l'évaluation d'un risque, et gardez la trace de cette décision. Le document unique n'est pas un registre des plaintes : il porte l'évaluation des risques. La date de réception et la mesure prise se tracent à côté.
Quatre pièges qui vident un dossier de sa valeur
Le premier tient à la date unique. Un document unique dont toutes les lignes portent la même date annuelle raconte mal une prévention continue. Une date par mesure vaut mieux qu'une date unique sur le document.
Le deuxième est le volet RPS générique. Un texte recopié sur un modèle, sans unité de travail ni donnée d'enquête, dit peu de chose de votre entreprise. La cotation par unité de travail est traitée dans l'article consacré à l'intégration des risques psychosociaux au document unique.
Le troisième est le signalement orphelin. Un courriel, ou un compte rendu d'entretien qui mentionne un épuisement : chacun appelle une suite. Que vaut un suivi des alertes sans colonne « suite donnée » ? Il atteste des alertes reçues et s'arrête là.
Le quatrième est le CSE tenu à l'écart. Sa consultation sur le document unique et ses mises à jour est prévue par le code du travail.5 Quand un comité existe, la trace de cette consultation porte une date vérifiable. Une note interne peut être datée elle aussi. Elle n'établit pas pour autant que la consultation a eu lieu. Les cas de consultation et le droit d'alerte sont détaillés dans le guide consacré au CSE et aux risques psychosociaux.
FAQ
L'obligation de sécurité est-elle encore une obligation de résultat ?
La Cour de cassation admet une cause d'exonération depuis le 25 novembre 2015. L'employeur qui justifie avoir pris toutes les mesures prévues par les articles L4121-1 et L4121-2 du code du travail ne méconnaît pas son obligation.3 C'est à lui d'établir ces mesures. L'expression « obligation de moyens renforcée » vient de la doctrine, pas de l'arrêt.
Un document unique à jour suffit-il à écarter la responsabilité ?
Non. Le document unique porte l'évaluation des risques. Dans les entreprises de moins de cinquante salariés, il porte aussi la liste des actions de prévention décidées.7 Leur mise en œuvre, elle, se prouve par d'autres pièces. Les juges regardent ce qui a été décidé, par qui, à quelle date, et ce qui a été fait des signalements reçus.10 Une évaluation complète mérite donc un plan d'action daté.
Que risque un employeur qui n'a pas mis à jour son document unique ?
Le défaut de transcription ou de mise à jour de l'évaluation est puni de l'amende prévue pour les contraventions de cinquième classe.8 Pour une personne physique, elle atteint 1 500 euros au plus, et 3 000 euros en cas de récidive.9 Pour une société, ce maximum est de 7 500 euros.18 S'y ajoute le risque civil. Le salarié peut réclamer des dommages-intérêts pour manquement à l'obligation de sécurité, comme dans l'affaire de 2015.3 Et si la faute inexcusable est retenue, la victime a droit à une indemnisation complémentaire.16
La diligence se prouve d'autant mieux qu'elle a laissé des traces datées.
Ouvrez votre document unique cette semaine et vérifiez une seule chose : la date de dernière modification du volet RPS. Dans une entreprise d'au moins onze salariés, la mise à jour annuelle est due. Elle l'est aussi si un signalement reçu depuis a changé ce que vous savez d'un risque. Les fonctionnalités d'évaluation et de suivi de Diagnoz couvrent cette chaîne, de la campagne au plan d'action daté.
Sources
- Prévention des risques psychosociaux : les solutions de l'Assurance Maladie - Risques professionnels, communiqué du 21 avril 2026 ↩
- Code du travail, article L. 4121-1, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er octobre 2017 ↩
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 novembre 2015, pourvoi n° 14-24.444, publié au bulletin, Légifrance ↩
- Code du travail, article L. 4121-2, Légifrance, version en vigueur depuis le 10 août 2016 ↩
- Code du travail, article L. 4121-3, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Code du travail, article R. 4121-2, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Code du travail, article L. 4121-3-1, Légifrance, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Code du travail, article R. 4741-1, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er mai 2008 ↩
- Code pénal, article 131-13, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er avril 2005 ↩
- Cour de cassation, chambre sociale, 1er juin 2016, pourvoi n° 14-19.702, publié au bulletin, Légifrance ↩
- Code du travail, article L. 1152-4, Légifrance, version en vigueur depuis le 28 juin 2014 ↩
- Cour de cassation, chambre sociale, 5 mars 2008, pourvoi n° 06-45.888, publié au bulletin, Légifrance ↩
- Cour de cassation, chambre sociale, 10 novembre 2009, pourvoi n° 07-45.321, publié au bulletin, Légifrance ↩
- Cour de cassation, deuxième chambre civile, 8 juillet 2021, pourvoi n° 19-25.550, publié au bulletin, Légifrance ↩
- Code du travail, article L. 4131-4, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er janvier 2018 ↩
- Code de la sécurité sociale, article L. 452-1, Légifrance, version en vigueur depuis le 21 décembre 1985 ↩
- Prévention des risques psychosociaux : les solutions de l'Assurance Maladie - Risques professionnels, communiqué du 21 avril 2026 ↩
- Code pénal, article 131-41, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er mars 1994 ↩
- Code pénal, article 132-15, Légifrance, version en vigueur depuis le 1er mars 1994 ↩